En attendant l'orthophoniste : que faire pour ne pas perdre de temps
Délai d'attente chez l'orthophoniste ? Ce que vous pouvez faire chaque jour, sans risque, pour soutenir votre enfant en attendant le rendez-vous.
9/18/20264 min read
Un bilan orthophonique est engagé, mais le rendez-vous n'aura lieu que dans plusieurs mois ? Voici ce qui peut réellement aider votre enfant pendant cette attente — et ce qu'il vaut mieux éviter.
En bref
En attendant un rendez-vous, vous pouvez soutenir votre enfant en travaillant chaque jour, pendant quelques minutes seulement, sur des compétences précises et sans risque : la conscience phonologique (repérer et manipuler les sons), le décodage, et le plaisir de lire à voix haute avec vous. Ce travail ne remplace pas le bilan et ne pose pas de diagnostic, mais il évite que l'enfant reste plusieurs mois sans aucun accompagnement — une période qui, sans rien faire, peut aggraver le découragement plus que la difficulté elle-même.
Pourquoi l'attente est si longue, et pourquoi ça ne veut rien dire de grave
Les délais pour un premier rendez-vous chez un orthophoniste dépassent souvent plusieurs mois, parfois davantage selon les régions. Cette attente n'est pas liée à la gravité de la situation de votre enfant : elle reflète simplement un nombre de professionnels très inférieur aux besoins sur une grande partie du territoire. Autrement dit, patienter longtemps ne signifie ni que la difficulté est mineure, ni qu'elle est prise à la légère — c'est une réalité logistique, pas un jugement sur votre situation.
Cela dit, plusieurs mois sans rien faire peuvent avoir un vrai coût : non pas sur le plan médical, mais sur le plan de la confiance. Un enfant qui accumule les échecs de lecture pendant une longue période finit souvent par se convaincre qu'il "n'est pas capable", bien avant que le trouble éventuel soit même identifié. C'est ce risque-là qu'il est utile de limiter.
Ce que vous pouvez faire, sans risque, en attendant
Le travail à la maison pendant cette période ne cherche pas à se substituer au bilan ni à "deviner" un diagnostic à sa place. Il vise un objectif plus modeste et tout aussi précieux : maintenir l'enfant en mouvement dans ses apprentissages, sans le laisser seul face à la difficulté.
Trois axes sont particulièrement utiles, et documentés comme des leviers solides de l'apprentissage de la lecture :
La conscience phonologique : la capacité à entendre, isoler et manipuler les sons qui composent les mots (par exemple, entendre que "chat" commence par le son "ch"). C'est un prérequis directement lié au décodage, qu'on peut travailler par des jeux oraux, sans même passer par l'écrit.
Le décodage : associer chaque son à sa lettre ou groupe de lettres, sur des mots courts et simples, pour automatiser progressivement la lecture plutôt que de la deviner.
Le plaisir de lire à voix haute ensemble : lire pour votre enfant, à côté de lui, sans attente de performance — pour que la lecture reste associée à un moment agréable, pas uniquement à l'effort ou à l'échec.
Ce qu'il vaut mieux éviter pendant cette période
Multiplier les exercices non ciblés : faire beaucoup de fiches sans lien avec la difficulté précise de l'enfant fatigue plus qu'elle n'aide.
Comparer à voix haute avec d'autres enfants ("ton camarade sait déjà lire") — cela renforce le découragement sans rien apporter de constructif.
Transformer chaque moment de lecture en évaluation : demander sans cesse "tu as compris ?", "relis, tu t'es trompé" installe une tension qui finit par éloigner l'enfant du livre.
Attendre passivement le rendez-vous sans rien proposer : c'est l'option la plus naturelle, mais souvent la plus coûteuse pour la confiance de l'enfant sur la durée.
Une routine simple, à titre d'exemple
Il n'est pas nécessaire de consacrer de longues plages horaires à ce travail — la régularité compte davantage que la durée. Une routine courte, par exemple 10 à 15 minutes par jour, avec un jeu de sons, un mot ou une courte phrase à décoder, puis un moment de lecture partagée sans enjeu, suffit à maintenir l'enfant en mouvement sans le mettre sous pression.
Quand consulter malgré tout sans attendre
Cette période d'attente ne doit pas empêcher de solliciter d'autres relais si la situation le justifie : le médecin traitant peut parfois orienter vers une deuxième porte d'entrée plus rapide (le médecin de l'éducation nationale, par exemple), et l'enseignant reste un interlocuteur précieux pour ajuster l'accompagnement pédagogique en classe pendant ce temps. Si vous observez un repli important de l'enfant, un refus scolaire ou une détresse marquée, ces signes méritent d'être signalés sans attendre la date du bilan.
Isabelle, professeure agrégée de lettres depuis 28 ans, accompagne les parents d'enfants de CP-CE1 en difficulté de lecture. Pour celles et ceux qui souhaitent une routine quotidienne déjà construite plutôt que de l'improviser seuls, Déclic propose un accompagnement structuré autour de ces mêmes compétences.
FAQ à intégrer en bas de page :
Est-ce dangereux de travailler la lecture à la maison avant le bilan orthophonique ? Non, tant que le travail reste ciblé, bref et sans pression : il ne fausse pas le bilan et ne retarde en rien la prise en charge.
Faut-il arrêter le travail à la maison une fois le suivi orthophonique commencé ? Non, les deux peuvent se compléter : l'orthophoniste indiquera si un ajustement est nécessaire selon la situation de l'enfant.
Combien de temps dure généralement l'attente pour un premier rendez-vous ? Cela varie fortement selon les régions, de quelques semaines à plusieurs mois dans les zones les plus tendues.
